Les Amis de Michel Jeury

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jeudi 4 février 2016

" Le vrai goût de la vie" note de lecture des Carnets chronolytiques par Jean-Michel Archaimbault

Jean-Michel Archaimbault, Ingénieur des mines, membre de l'Académie Montesquieu, est également un écrivain et un grand spécialiste de la série allemande Perry Rhodan, qu'il a découvert pour la première fois dans la collection "Anticipation" du Fleuve Noir en 1966. Après avoir co-fondé "Basis", le premier club amateur francophone Perry Rhodan en 2000, il est nommé direction de la collection "Perry Rhodan" au Fleuve Noir en 2002. Egalement fin connaisseur de Maurice Limat ou Richard Bessière, il a rencontré Michel Jeury en 2010. La lecture des Carnets chronolytiques est l'occasion pour lui de mieux comprendre l'homme et l'œuvre.

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Le vrai goût de la vie… La SF de Michel Jeury m’a toujours semblé particulière, parfois difficile d’accès (hormis ses premières œuvres) et complexe dans ses développements sur des plans multiples, entrecroisés, interpénétrés. Parmi ses romans, mes préférés sont Les Yeux Géants, May le Monde et… Aux Etoiles du Destin. Je n’ai pas lu ses textes régionalistes, juste vu et apprécié L’Année du Certif. La vraie découverte de l’auteur et surtout de l’homme, je viens de la faire grâce aux Carnets Chronolytiques dont la lecture me laisse ému, pour ne pas dire bouleversé, et dans un curieux état de résonance sur de nombreux points.

Nous avons la chance inestimable que Natacha Vas-Deyres et Richard Comballot aient pu collecter les textes de cette autobiographie du vivant de son « sujet ». A la première personne, en direct, Michel Jeury raconte sa vie – ses vies, plutôt – sans fioritures, avec honnêteté et franchise, avec tout son amour des humains, des animaux, de la nature et du monde. Avec, aussi, une sensibilité retenue qui rend l’impact encore plus fort. Dit avec humour et sans complaisance, le parcours est passionnant à suivre, d’une richesse infinie (que de « gens bien » Michel Jeury a-t-il connus !), remarquablement éclairé par des notes de bas de page très documentées (bravo et merci aux compilateurs pour ce phénoménal travail) et par une bibliographie critique exhaustive. Il fournit également un très appréciable témoignage sur l’histoire de la SF en France durant les années 60 à 80, sur une partie du milieu de la littérature générale ensuite. Les « zooms » proposés en annexes approfondissent encore la personnalité du conteur et écrivain régionaliste peu ou pas connu de son public en SF.

Je retiens précieusement, de cette lecture, des sortes de souvenirs partagés comme le départ de la Casta pour l’abattoir (p.61) ou l’enfant au chien qui va mourir (pp.174-177). S’y ajoutent des citations qui me touchent très personnellement car elles font écho à mon propre ressenti sur certaines périodes de mon existence, surtout mon enfance de citadin qui passait le plus clair de ses vacances à la ferme et s’en allait aux champs ou en promenade avec un Bob Morane ou un "Anticipation" dans la poche. « La nostalgie de l’enfance tient dans mon cœur, d’un côté aux champs, aux bois, à la nature, aux animaux qui vivaient avec moi, et de l’autre côté aux « illustrés ». La terre sous mes sabots, les cabots dans mes jambes, les arbres sur ma tête et le ciel en guise de casquette. Ce que j’appellerai pour simplifier le versant paysan de mon destin. Et de l’autre : mille songes sur l’horizon, symbolisés par quelques noms d’étoiles et de constellations, Véga, Bételgeuse, Procyon, toutes celles d’Orion, du Cygne, du Grand Chien, sans oublier Alpha du Centaure. » (pp.52-53) « Un paysan à gros sabots égaré sur le plancher des astres. » (p.69)

Emouvante, la confidence aux frères Bogdanoff, en 1975 : « Vous savez, grâce à ce roman, j’ai pu m’acheter un sécateur tout neuf… Je le garde pour les prochaines vendanges. » (p.92) Plus émouvante encore, la rencontre avec l’une de ses biographes : « Et voici qu’en un temps où les jeux semblaient faits, où l’ère des rencontres semblait close pour toujours, sauf peut-être avec les morts, dans l’univers chronolytique, quarante ans après Le Temps Incertain, surgit d’un monde parallèle une comète blonde nommée Natacha Vas-Deyres. C’est elle qui écrira le mot « fin » après le dernier chapitre de ma vie. Je la crois assez bonne magicienne pour inventer un retournement sublime afin de changer le pigeon pattu en épervier de haut vol. Et de lui donner une seconde vie. » (pp.97-98) Rédigé par Dany Jeury, fille unique de Michel et de Nicole, le chapitre final offre la plus belle et poignante des synthèses dont l’on puisse rêver. Ses derniers mots, « Les cygnes se créent dans le ciel… », font allusion à ces signes secrets que les chers disparus adressent aux vivants : en guidant leur choix d’un livre dans la bibliothèque puis en le leur faisant ouvrir à une page particulière où figure une phrase comme « Faut-il que j’enlève ma culotte pour te convaincre ? » (p.224 de L’Orbe et la Roue), ou en envoyant un oiseau et un chat élire domicile dans la maison – « un oiseau sous les étoiles, un chat au rez de chaussée. Le Ciel et la Terre. Ses deux personnalités. » (p.190). Vous l’aurez compris, la lecture de ce livre est bénéfique et indispensable.

mercredi 16 décembre 2015

Aux étoiles du destin

Avec la sortie en salle du « Retour de la force », l'occasion est idéale pour relire ou découvrir « La Machine du pouvoir » et « Aux étoiles du destin », les deux premiers romans de SF de Michel Jeury parus en 1960 sous le pseudonyme d'Albert Higon (réédités depuis). Rappelons au passage que le prix Jules Verne fut décerné à « La Machine du pouvoir », roman dans lequel le héros Tan Horn était accompagné d'un androïde à la voix nasillarde (qui se fait couper en deux au milieu du roman) et était confronté à une armée de clones. Dans « Aux étoiles du destin », la coalition intergalactique décide de détruire l'étoile où se regroupent les forces du mal. Deux romans passionnants.

Pour ce qui est de l'influence de la BD sur la saga de Georges Lucas, voir l'article publié sur le site France TV Info.

jeudi 12 novembre 2015

Les Carnets chronolytiques de Michel Jeury en librairie le 27 novembre 2015.

Le 27 novembre prochain sortira en librairie l'ouvrage posthume de Michel Jeury, ses Carnets chronolytiques, publié aux Presses universitaires de Bordeaux dans la nouvelle collection "SF Incognita". Outre le plaisir de relire ses mots faisant revivre le passé coloré et vivant de la science-fiction des années 1970 et 1980, c'est aussi l'occasion de découvrir l'écrivain régionaliste, l'homme de la terre qui a grandi en Dordogne et a fini sa vie en Provence.

carnets chronolytiques

"Le temps fut la grande affaire de Michel Jeury, tant dans sa vie d’écrivain que dans sa vie d’homme. Il ne cessa de lutter contre la force immatérielle qui conditionnait son travail d’écriture et nécessitait une longue maturation. Il alla jusqu’à inventer un concept science-fictionnel, la dimension chronolytique, pour tenter de maîtriser le temps, devenu subjectif dans le psychisme. L’excipit des Singes du temps, son deuxième grand roman de science-fiction, publié en 1974, est explicite à ce propos : « ''Nous continuerons la lutte dans l’univers intérieur, dis-je. – Est-ce possible ? demanda la bergère ? – C’est possible. – Mais comment ? – Nous nous battrons avec nos rêves !'' » Les ultimes années de sa vie furent une lutte acharnée contre le temps qui réduisait drastiquement et inéluctablement ses capacités 2. Dès lors, la mémoire devint son arme. Ce grand écrivain de science-fiction et de littérature régionaliste a écrit entre 2009 et 2014, juste avant sa disparition le 9 janvier 2015, une série de textes autobiographiques, à la demande de Richard Comballot dans un premier temps, puis à mon intention dans un second temps, avec l’objectif de travailler ses souvenirs, de les restituer le plus fidèlement possible, de revenir sur certains faits qui lui paraissaient approximatifs dans les divers entretiens qu’il avait pu nous livrer (...) Ce qui finalement n’aurait pu rester qu’un exercice « documentaire » gratuit est devenu pour l’écrivain un travail d’écriture essentiel à la fin de sa vie. Sa santé déclinante ne lui permettait plus, à son grand regret, de passer des heures à écrire ou réécrire de longs récits et même des nouvelles. Soutenue par sa mémoire, la retranscription de ses souvenirs lui semblait plus facile et plus fluide. Mais Michel Jeury a voulu aller plus loin : ce travail, tout empreint de sa légendaire modestie, constituerait son dernier exercice, celui qu’il avait toujours approché dans sa longue carrière, l’autobiographie. Ce que j’ai désigné dans le titre de cette présentation comme « la tentation de l’autobiographie » fut une des obsessions de l’écrivain périgourdin.

Extraits de la préface de Natacha Vas-Deyres, "Michel Jeury ou la tentation de l'autobiographie"

_cid_BD9B0CA5-6174-436D-AF9F-8BFB7A09ABE9_home.jpg Natacha Vas-Deyres, fondatrice et directrice de la collection "SF Incognita" aux Presses Universitaires de Bordeaux.

Michel Jeury m’avait dit, lors de notre première rencontre, en 1985 : « Je demande aux Dieux du Temps de m’accorder encore dix ou quinze ans pour boucler la boucle. » Il en aura finalement obtenu bien davantage avant « le grand saut hors du temps » et ainsi pu réaliser son rêve en écrivant, avec un succès énorme, son « grand roman paysan » – une bonne vingtaine de volumes en tout –, avant de renouer une dernière fois avec le roman de science‑fiction. (...) Trente ans après sa requête adressée aux Dieux du Temps, en ce début d’année 2015 – année déjà pleine de chaos et de mort –, je me remémore nos rencontres à Anduze, ou aux Utopiales 2010, nos conversations téléphoniques, et je me demande qui était en fait cet homme attachant, curieux de tout, au phrasé si particulier, que j’ai eu la chance de connaître. D’une certaine façon, cette question est elle aussi vouée à rester sans réponse, tant l’homme était complexe et profond. Et en même temps, Michel restera à mes yeux – d’enfant, est‑il besoin de le préciser ? – une sorte de passager du temps, humble et ambitieux, d’une grande humanité, à la croisée de plusieurs époques et de plusieurs mondes : d’hier à aujourd’hui… de la petite paysannerie à la création littéraire… du classicisme à la modernité… de la terre aux étoiles… Extraits de l'avant-propos de Richard Comballot "Le Territoire humain de Michel Jeury"

COMBALLOT004.jpg Michel Jeury et Richard Comballot (2007, collection Richard Comballot)

jeudi 22 octobre 2015

Lettre de Gérard Klein, 1972

Les Utopiales rendent hommage à Michel Jeury via une table ronde samedi 31 octobre 2015 à 10h. Ce sera l'occasion de la présentation des Carnets chronolytiques à paraître aux Presses universitaires de Bordeaux sous la direction de Natacha Vas-Deyres et Richard Comballot dans la toute nouvelle collection « SF incognita ». Il s'agit d'un recueil de textes autobiographiques de l'auteur offrant une perspective passionnante sur la SF de la deuxième moitié du vingtième siècle.

À titre d'exemple, nous reproduisons ici la première page de la lettre de Gérard Klein à Michel Jeury lui annonçant que Le Temps Incertain serait publié dans la « collection Ailleurs et demain ». Le livre contient également en page 58, c'est beaucoup moins connu, une lettre du Fleuve Noir refusant le manuscrit de La Machine du pouvoir, futur Prix Jules Verne. Le héros Than Horn, assisté de son androïde à la voix nasillarde luttant contre une armée de clones, a bien failli ne jamais être publié.

mercredi 17 juin 2015

Imaginales 2015: un vibrant hommage à Michel Jeury

Sous la forme d'une table-ronde modérée par Jérôme Vincent, - Ugo Bellagamba, Sylvie Laîné, Jean-Pierre Andrevon et Natacha Vas-Deyres - ont rendu un hommage émouvant à Michel Jeury dans le beau cadre des Imaginales à Epinal. Un grand merci à Stéphanie Nicot et Stéphane Wieser pour son organisation.

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Extrait de l'enregistrement: https://www.youtube.com/watch?v=oi8...

Jérôme Vincent, la passion de l'imaginaire.

Jérôme Vincent, actuel « patron » du site et webzine Actusf a pris l’initiative en janvier dernier après le décès de Michel Jeury d’ouvrir un carnet d’hommages pour l’écrivain que nous avons relayé ici sur Jeury.fr. Actusf fut également partenaire de l’exposition « Michel Jeury, entre Futurs et Terroirs ». C’est l’occasion pour nous de le remercier et de faire un point sur son rôle et ses projets au sein de la SF française. Créé en 2003, le site ActuSF est devenu aujourd’hui un partenaire média et un éditeur incontournable du paysage de la science-fiction en France.

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Natacha Vas-Deyres : Jérôme, pouvez-nous dire quels furent votre formation et votre parcours. Comment devient-on un « professionnel » de la SF et des littératures de l’imaginaire ?

Jérôme Vincent : Cela s'est fait progressivement. J'ai suivi des études de biologie puis de journalisme scientifique avant de devenir journaliste radio. En parallèle, avec quelques amis, nous avons monté au milieu des années 90 un fanzine (La 85ème Dimension) puis en 2000 un site internet qui est devenu Actusf.com. Une maison d'édition est venue ensuite se greffer au site, surtout à partir de 2005/2006. Toutes ces activités dans les littératures de l'imaginaire prenant de l'ampleur, je suis devenu « professionnel » (c'est à dire que je suis salarié à plein temps d' Actusf) au tournant des années 2010. C'est un rêve devenu réalité, ma passion est devenu mon emploi.

NVD : Aviez-vous dès le départ le projet de vous consacrer uniquement à la SF ou à toutes les autres littératures de l’imaginaire ?

Oui, tout à fait. Les littératures de l'imaginaire ont toujours été au cœur du projet. En fait au collège et au lycée dans les années 90, nous nous sommes retrouvés avec quelques copains autour de la science-fiction et de la fantasy. J.R.R.Tolkien, Michael Moorcock, Dan Simmons, Richard Matheson... nous emballaient plus que certains classiques que l'on nous faisait lire en cours. C'est devenu rapidement une passion et c'est ce qui nous a donné envie de lancer un fanzine par la suite. L'envie de parler, de partager autour des littératures de l'imaginaire était là. Et à une époque où internet n'existait pas encore, le journal papier nous semblait tout indiqué. La suite est un développement lent mais continu avec toujours la science-fiction et la fantasy au cœur de l'histoire.

NVD : Quelles lectures SF ont pu marquer ainsi votre parcours pour que vous décidiez d’en faire un métier ?

Il y en a eu tant... J'ai passé de longues heures avec Le Seigneur des anneaux, Hypérion, Dracula, Elric, Je suis une légende et tant d'autres, enfermé dans ma chambre, lisant au lieu de réviser mes cours. L'imaginaire a d'abord été une littérature d'évasion. Puis j'ai pris de véritables claques avec des ouvrages comme Ubik, Substance Mort, Demain une oasis, Tous à Zanzibar, Jihad, Les Futurs Mystères de Paris... J'ai dévoré tous ces livres et d'autres. La passion était là. Il a fallu ensuite du temps et un concours de circonstances pour que je puisse vraiment en faire un métier. Mais j’ai eu de la chance, la radio et le journalisme sont deux autres passions.

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NVD : Nous vous croisons dans tous les événements SF de l’année. Mais racontez-nous comment fut créée l’aventure Actusf ? Pourquoi avoir créé ce webzine ?

Nous sommes à la fin des années 90. Le fanzine a déjà trois ou quatre ans et internet explose. C'est le temps où l'on crée nos premières adresses email et où l'on surfe en 56k. Au départ, nous avions donc envie de lancer un site pour promouvoir le fanzine. Et pour faire de l'animation, nous avions décidé que nous chroniquerions les nouveautés que l'on recevrait de la part des éditeurs. Le site a été lancé en mars 2000. Très vite on a compris tous les avantages du web par rapport au fanzine et celui-ci est mort de sa belle mort.

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NVD : Le webzine ActuSF a connu un développement exponentiel depuis sa création. Quelles furent les étapes de cette croissance tant sur le plan médiatique que sur le plan éditorial ?

Je serai bien en peine de vous donner toutes les dates. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a eu des événements marquants, de la publication du Droit du Serf (2000 ? 20001?) à la pétition pour défendre un livre de Nathalie Le Gendre (2005 ? 2006?), en passant par les grandes discussions (et enguelades il faut bien le dire) sur le forum, sans oublier l'enregistrement des conférences sur les salons (on en a un peu plus de mille désormais depuis 2008), les soirées d'anniversaires avec Bifrost, les dossiers sur la traduction ou les libraires et certaines interviews dont je garde un souvenir ému (comme celle de Richard Matheson par exemple avec Jacques Chambon à la traduction). Il y a aussi eu en 2011 le lancement du site « Mes Premières Lectures » et en 2013 le lancement d’Emaginaire.com, première librairie numérique dédiée à la SF et à la Fantasy. Et puis bien entendu, tout cela se mélange avec l'aventure éditoriale, d'Appel d'air au GPI de Sylvie Lainé pour L'Opéra de Shaya. Beaucoup de boulot, beaucoup de rires…

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NVD : Les éditions ActuSF sont nées en 2003, parallèlement au webzine. Pourquoi avoir créé cette maison d’édition ? Qui sont vos partenaires ? Editer de la SF n’est pas chose aisée : ou en êtes aujourd’hui ?__

A l'époque du fanzine, nous organisions des concours de nouvelles à destination d'auteurs « amateurs », n'ayant jamais été publié sur des supports professionnels. Le concours a survécu deux ou trois ans au passage sur le web. Et dans les dernières éditions, nous avions eu envie de publier les gagnants dans des anthologies papiers. Puis, nous ne sommes plus arrivés à faire face aux trop nombreuses nouvelles que nous recevions. Du coup nous avons arrêté. Mais l'idée de faire des livres étaient là. Et lorsque nous nous sommes constitués en 2003 en société, nous avons tout de suite eu un secteur « édition ». A l'époque, il s'agissait de faire de petits tirages à 200 exemplaires, pas plus. Notre premier titre était une anthologie, Au travers du Labyrinthe, dirigée par Anne Fakhouri et parrainé par Georges Foveau. Le second fut un guide co-écrit avec Eric Holstein. Et le troisième fut HPL de Roland C.Wagner, avec une couverture fabuleuse de Caza reprenant un portait de Lovecraft avec ce style qui lui est propre. C'était un livre bilingue, puisqu'il y avait la traduction de la nouvelle de Roland en anglais par Jean-Daniel Brèque. Le virus était pris. Là encore ce n'est pas tant une démarche économique ou raisonnée qu'une démarche de passionnés. Peu de temps après, en quelques semaines à Lyon, je rencontre Sylvie Lainé, Thierry Di Rollo et Jean-Marc Ligny et ils acceptent de nous confier quelques nouvelles pour en faire des recueils. Dans le même temps, le projet Appel d'Air voit le jour. L'aventure est lancée et on met véritablement sur pied la maison d'édition avec Charlotte Volper et Eric Holstein en 2007.

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Aujourd'hui, tout cela a pris de l'ampleur. Nous fêtons notre centième titre cet automne. On en est évidemment très très heureux. Là encore la petite affaire entre passionnés a bien grandi. Quant à nos partenaires, il y a bien entendu notre diffuseur distributeur Harmonia Mundi et tous les libraires et les lecteurs qui nous suivent. Et puis il y a également le fabuleux collectif des Indés de l'Imaginaire que nous avons fondé avec les éditions Mnémos et les Moutons électriques et qui nous apporte beaucoup. Pour répondre à ta question sur la situation actuelle, celle-ci est très compliquée. Les ventes en libraire sont soumises à une énorme concurrence liée à la surproduction et à l'arrivée du Young Adult dans nos rayons. En ya ajoutant les difficultés de trésorerie des libraires, tu auras une petite idée de la tension qui règne actuellement. Il n'en reste pas moins que l'on continue et avec quelques jolis titres qui sortent bien leur épingle du jeu. Enfin pour la science-fiction pure et dure, c'est encore plus compliquée mais je ne désespère pas parce que lorsque l'on a des livres malins et intelligents qui offrent un peu de sense of wonder, on a de très bons retours.

NVD : Quelle est la politique éditoriale de votre maison d’édition ? Après les collections des "Trois souhaits" et de "Perles d’épices" ainsi que l’édition officielle de l’anthologie des Utopiales, avez-vous d’autres projets ?

Notre angle n'a pas changé : publier la science-fiction et la fantasy qui nous plaisent. Nous avons simplement évolué des recueils de nouvelles aux romans (sans pour autant complètement abandonner la nouvelle). Nous nous sommes lancés avec les Indés de l'imaginaire dans la collection de poche Hélios. C'est un beau projet. Avoir une collection de poche partagée entre plusieurs éditeurs est, je crois, une première dans les domaines de l'imaginaire (et c'est rarissime dans les autres domaines). On y tient beaucoup et on apporte des titres à la collection depuis un an. Nous sommes donc, nous aussi, éditeur de poche. Depuis mars, on a lancé également Hélios noir, un label dédié au polar et au thriller, toujours en poche. C'est une belle idée de diversification. On aime le polar, on connait bien certains auteurs, du coup on se lance avec envie et enthousiasme. On a pas mal d'idées également de guides soit sur des auteurs, soit sur des sujets (par le biais de la Maison d'ailleurs dont nous sommes partenaires). Et bien entendu, il y a des kilos de projets et d'idées qui s'impatientent au fond des cartons...

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NVD : le site Actusf est en train de devenir un site de références avec des chroniques littéraires tout à fait pertinentes et de chroniqueurs talentueux, mêlant universitaires et érudits (Anne Besson, Philippe Ethuin, Jean-Luc Rivera, Pierre-Gilles Pélissier…). Cette dimension du site vous semble-t-elle essentielle ?

Oui, absolument. Au fil des années, certaines de nos actualités sont devenus des archives et par conséquent, Actusf est aussi devenu un site « ressource » pour ceux qui aimeraient creuser un sujet. C'est pour cela que l'on enregistre toutes ces tables rondes en salon, afin que la parole ne soit pas perdue. Les rubriques que tu évoques vont dans ce sens, soit elles apportent un autre regard sur l'actualité comme pour celle d'Anne Besson, de Jean-Luc Rivera, de Xavier Dollo ou de Daniel Suchet (dans le domaine des sciences), soit elles offrent matière à réflexion avec Pierre-Gilles Pélissier, Philippe Ethuin, André-François Ruaud ou Fred Combo. Et j'en aimerai d'autres. Je profite de cette interview pour lancer un appel à ceux qui ont des envies et des idées de rubriques :-) Quelque part, on raconte une histoire de la science-fiction et de la fantasy.

NVD : Vous êtes un partenaire important des événements universitaires consacrés à la SF et la Fantasy. Que pensez-vous du développement de ces recherches consacrées à tous les médias de l’imaginaire (littérature, cinéma, jeux vidéos, séries…) ?

J'en suis ravi. Vraiment. C'est une forme de légitimation de nos genres. Mais c'est surtout essentiel tant la science-fiction et la fantasy (et je n'oublie pas le fantastique) sont des genres riches qui innervent tous les médias. Ils ont une place prépondérante dans de nombreux domaines (cinéma, jeux vidéo, etc). Ils disent donc quelque chose de notre société. Que l'on étudie ce miroir me semble fondamental.

NVD : Qui sont vos collaborateurs ? Comment fonctionne l’équipe d’ActuSF ?

Aujourd'hui il y a trois personnes à temps plein à Chambéry (dont moi) : Marie Marquez qui travaille essentiellement sur les éditions Actusf (elle est notre pierre angulaire) et Jean-Laurent Del Socorro qui vient de nous rejoindre il y a quelques semaines pour s'occuper d'Actusf.com. Ils ont en ce moment l’appui de Sonia Geraci qui fait un long stage chez nous. Sur la maison d'édition, Charlotte Volper et Eric Holstein ont également des rôles essentiels. Sur le site, nous avons une grande famille de chroniqueurs dirigée pour la bande dessinée par Tony Sanchez et pour la jeunesse par Laura Vitali. Jean Rebillat et Thomas Ryngel font l'interface technique. Et je n'oublie pas non plus Hermine Hémon qui s’occupe du petit frère d'Actusf, le site MespremièresLectures. Enfin il y a également les amis qui ont été proches ou qui le sont encore et qui apportent leur petite pierre de temps à autre. Je pense que la famille élargie s'étend à une grosse (voir très grosse) cinquantaine de personnes. C'est un grand bonheur. C'est cinquante histoires d'amitiés, plus tous ceux qui sont passés par là. C'est assez incroyable !.

sevres_2012_019.jpg Marie Marquez et Jérôme Vincent aux Rencontres de l'Imaginaire de Sèvres en 2012.

NVD : Que représente Michel Jeury à vos yeux ?

Un grand grand monsieur dans l'histoire de la science fiction française. Sa trilogie aura marqué le genre et May le monde aura été un retour fracassant. Humainement parlant, je ne l'ai que peu côtoyé mais chaque rencontre a été marquée par sa gentillesse.

Le site d'Actusf à consulter chaque jour : http://www.actusf.com/spip/

Jérôme Vincent aux Utopiales 2012: https://www.youtube.com/watch?v=TzZ...

Le carnet d'hommages à Michel Jeury sur Actusf: http://www.actusf.com/spip/Carnet-d...__

samedi 14 février 2015

L'adieu de Michel Jeury à son ami Jacques Goimard: "Souvenirs d'outre-temps"

A l'occasion du colloque du CERLI"Théories et esthétiques des genres de l'imaginaire: autour des travaux de Maurice Lévy et Jacques Goimard" qui s'est tenu à l'Université Bordeaux Montaigne le 12 et 13 février, Natacha Vas-Deyres a lu un texte que Michel Jeury avait écrit en 2012 pour rendre hommage à son ami Jacques Goimard. Un bel hommage inédit d'un maître à un autre qui prend en 2015 après la disparition de Michel Jeury une tonalité singulière.

photo_michel_jeury_2.jpgJacqus_Goimard_1988.jpg © Familles Jeury et Goimard. (Michel Jeury en 1976, Jacques Goimard en 1988)

Je regrette de n'être pas parmi vous aujourd'hui, chers amis. Il aurait fallu que je vienne en ambulance, mais ma mutuelle ne rembourse pas les colloques de science-fiction. Natacha Vas-Deyres a donc bien voulu lire en mon nom ce bref hommage à Jacques Goimard. Eh bien, mes camarades quittent la scène deux par deux en ce moment. Si vous croisez l'ange de la mort, dites que vous ne me connaissez pas : ce sera plus prudent. Je m'aperçois que tout le monde cite à propos de Jacques Goimard les trois plumes de son chapeau… On se souvient que les instituteurs de jadis, bien avant Jules Ferry, plantaient dans leur couvre-chef une plume pour chacune des spécialités qu'ils pouvaient enseigner. S'ils apprenaient aux élèves la lecture, l'écriture et le calcul, ils arboraient trois plumes. En réalité, Jacques Goimard n'avait pas de spécialités, c'était un “généraliste des profondeurs”. Je vais quand même parler du critique, de l'universitaire et de l'éditeur que j'ai connus. Le critique est apparu le premier dans ma vie. C'était en 1973 — il va y avoir quarante ans, bonnes gens. Le temps incertain était paru quelques semaines plus tôt. J'écoutais le grand silence blanc dans le trou noir de la mélancolie. Un jour, je traversais la place du village, Eymet en Dordogne, chez moi. Un ami instituteur, un des deux lecteurs de mon manuscrit, passe par hasard. On se pince les serres et il me dit : « Ah, tu as vu, on parle de toi dans le journal ? » Qui on ? C'était LUI, bien sûr. Quel journal ? Le Monde. Je cours l'acheter. La maison de la presse était justement à cinquante mètres. Trois quarts de pages dans Le Monde, diable. Jacques Goimard paraphait pour moi l'aventure commencée un an plus tôt avec Gérard Klein. Je n'insisterai pas sur les nombreux articles que Jacques Goimard a consacré encore à mes livres, dont un long chapitre sur Les enfants de Mord, dans son ouvrage Analyse de la science-fiction. Voilà pour le critique. Je lui dois beaucoup. J'ai rencontré — je dirais presque affronté — l'universitaire dans son antre de Jussieu lors d'une expérience assez extraordinaire et plutôt douloureuse. L'auteur présenté devait inventer une nouvelle de A à Z, au tableau, devant une bande de doctorants, sagement assis dans une petite salle, comme au CM2. Après s'être engagé à rejeter tous les sujets qui pourraient suinter du sac à malices de sa mémoire… J'avais juré comme mes camarades déjà passés par là de suivre scrupuleusement la règle. La première heure fut terrible. Le maître de cérémonie jubilait en silence, l'air de dire : « Pas si facile, hein ? » Et impossible de colmater cette garce de mémoire qui crachotait ses détritus sans fin ni cesse. Je notais une piste, écrivais quelques mots au tableau, puis me retournais vers la salle. « Désolé, m'sieurs-dames, je m'aperçois que j'avais déjà cette idée en tête. Je cherche autre chose. » Tous ces gros chats fixaient sans aménité la petite souris que je me sentais. Peut-être dix fois ou plus, même manège. À devenir fou. Puis la pose, avec un grand verre d'eau, ou deux ou trois. Et une confidence de Jacques : « Ça leur plaît. Tes échecs leur apprennent beaucoup. Et ils apprécient que tu n'essaies pas de tricher… » On repart. Encore quelques longues minutes de quasi désespérance. Puis l'idée, cette fois… cette fois ! J'ai examiné mon sujet, les yeux fermés, environ un demi-siècle. Idée nouvelle, idée nouvelle. Si j'avais pu, j'aurais couru dans les rues de Paris pour crier : J'ai eu une IDÉE ! J'ai griffonné au tableau le résumé de Voici les coupables. Tout le monde écrivait, écrivait, même Jacques. Qui a publié la nouvelle dans son Année de la SF vers 76 ou 78. En attendant, je ruisselais de sueur et je tremblais sur mes pattes comme un vieil oiseau mal perché. Telle fut mon unique expérience de la fac. Honnêtement, ils auraient dû me donner un honoris causa et un bout de retraite. L'éditeur Goimard se tenait à l'affût, lui aussi. Il a commencé par rééditer mes Ailleurs et demain, puis m'a commandé un inédit, pour lequel il avait souhaité que je me laisse totalement porter par la folle du logis. Il a assez aimé Les enfants de Mord. Mais la série des Colmateurs l'excitait encore davantage. Là, il a tourné son chapeau sur le côté et j'ai découvert sa troisième plume. Excellente. Qui se souvient encore de cette série inachevée où les uchronies devaient se succéder jusqu'à plus soif ? Même pas les chiens, tous partis dans les mondes de Simak. Peut-être quelques chats de gouttière, mais ils n'en miaulent pas souvent. Or le projet achoppait sur mon inculture en histoire-géo. Jacques a tout de suite mis son grain d'épice dans Le vol du serpent. Puis il est intervenu massivement dans Les démons de Jérusalem, à l'occasion de deux découvertes anticipées de l'Australie. Il a calculé au millimètre l'errance des navigateurs de Cléopâtre jusqu'à La Perte en Ruaba, la première fois. Pour la seconde, ce sont les Croisés de Renaud de Châtillon qu'il a envoyés vers les blancs de la carte, par les quarantièmes rugissants. Naissent alors des terres uchroniques délicieuses ou abracadabrantes, mais si bien documentées et défendues qu'on en donnerait son pied gauche à couper. Oui, Jacques Goimard adorait créer des univers. Il rêvait de reprendre un jour Les colmateurs à son compte. Le dernier écho sera une visite au nid d'aigle de la famille Goimard, dans le Lot, en présence d'Anne-Marie et de Diane. Une demi-journée sous les plus beaux arbres de la région. Un lieu si charmeur, un ciel si bleu que l'espérance éclairait le Temps. Oh que les souvenirs sont lourds, cet automne !

Michel Jeury.

KODAK Digital Still Camera KODAK Digital Still Camera Lecture du texte de Michel Jeury par Natacha Vas-Deyres

mercredi 11 février 2015

Hommage à Michel Jeury sur le site Culturemag

La rédactrice en chef, Salsa Bertin, du site CultureMag a sollicité Natacha Vas-Deyres pour un texte en hommage à Michel Jeury :

http://www.culturemag.fr/2015/02/11/hommage-a-michel-jeury-ecrivain-du-futur-et-du-passe/

vendredi 6 février 2015

Michel Jeury sur le site de la BnF

http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2015/01/hommage-a-michel-jeury/

vendredi 23 janvier 2015

Hommage de l'université Bordeaux-Montaigne

En ce jour anniversaire où Michel Jeury aurait fêté ses 81 ans, l'université Bordeaux Montaigne publie un texte en hommage à l'auteur.

http://www.u-bordeaux-montaigne.fr/fr/actualites/recherche/michel-jeury-l-ecrivain-du-futur-et-du-terroir.html

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