Les Amis de Michel Jeury

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 17 juin 2015

Jérôme Vincent, la passion de l'imaginaire.

Jérôme Vincent, actuel « patron » du site et webzine Actusf a pris l’initiative en janvier dernier après le décès de Michel Jeury d’ouvrir un carnet d’hommages pour l’écrivain que nous avons relayé ici sur Jeury.fr. Actusf fut également partenaire de l’exposition « Michel Jeury, entre Futurs et Terroirs ». C’est l’occasion pour nous de le remercier et de faire un point sur son rôle et ses projets au sein de la SF française. Créé en 2003, le site ActuSF est devenu aujourd’hui un partenaire média et un éditeur incontournable du paysage de la science-fiction en France.

61221_457167304760_7933829_n.jpg

Natacha Vas-Deyres : Jérôme, pouvez-nous dire quels furent votre formation et votre parcours. Comment devient-on un « professionnel » de la SF et des littératures de l’imaginaire ?

Jérôme Vincent : Cela s'est fait progressivement. J'ai suivi des études de biologie puis de journalisme scientifique avant de devenir journaliste radio. En parallèle, avec quelques amis, nous avons monté au milieu des années 90 un fanzine (La 85ème Dimension) puis en 2000 un site internet qui est devenu Actusf.com. Une maison d'édition est venue ensuite se greffer au site, surtout à partir de 2005/2006. Toutes ces activités dans les littératures de l'imaginaire prenant de l'ampleur, je suis devenu « professionnel » (c'est à dire que je suis salarié à plein temps d' Actusf) au tournant des années 2010. C'est un rêve devenu réalité, ma passion est devenu mon emploi.

NVD : Aviez-vous dès le départ le projet de vous consacrer uniquement à la SF ou à toutes les autres littératures de l’imaginaire ?

Oui, tout à fait. Les littératures de l'imaginaire ont toujours été au cœur du projet. En fait au collège et au lycée dans les années 90, nous nous sommes retrouvés avec quelques copains autour de la science-fiction et de la fantasy. J.R.R.Tolkien, Michael Moorcock, Dan Simmons, Richard Matheson... nous emballaient plus que certains classiques que l'on nous faisait lire en cours. C'est devenu rapidement une passion et c'est ce qui nous a donné envie de lancer un fanzine par la suite. L'envie de parler, de partager autour des littératures de l'imaginaire était là. Et à une époque où internet n'existait pas encore, le journal papier nous semblait tout indiqué. La suite est un développement lent mais continu avec toujours la science-fiction et la fantasy au cœur de l'histoire.

NVD : Quelles lectures SF ont pu marquer ainsi votre parcours pour que vous décidiez d’en faire un métier ?

Il y en a eu tant... J'ai passé de longues heures avec Le Seigneur des anneaux, Hypérion, Dracula, Elric, Je suis une légende et tant d'autres, enfermé dans ma chambre, lisant au lieu de réviser mes cours. L'imaginaire a d'abord été une littérature d'évasion. Puis j'ai pris de véritables claques avec des ouvrages comme Ubik, Substance Mort, Demain une oasis, Tous à Zanzibar, Jihad, Les Futurs Mystères de Paris... J'ai dévoré tous ces livres et d'autres. La passion était là. Il a fallu ensuite du temps et un concours de circonstances pour que je puisse vraiment en faire un métier. Mais j’ai eu de la chance, la radio et le journalisme sont deux autres passions.

11406329_10206430437020314_5172769868435179360_o.jpg

NVD : Nous vous croisons dans tous les événements SF de l’année. Mais racontez-nous comment fut créée l’aventure Actusf ? Pourquoi avoir créé ce webzine ?

Nous sommes à la fin des années 90. Le fanzine a déjà trois ou quatre ans et internet explose. C'est le temps où l'on crée nos premières adresses email et où l'on surfe en 56k. Au départ, nous avions donc envie de lancer un site pour promouvoir le fanzine. Et pour faire de l'animation, nous avions décidé que nous chroniquerions les nouveautés que l'on recevrait de la part des éditeurs. Le site a été lancé en mars 2000. Très vite on a compris tous les avantages du web par rapport au fanzine et celui-ci est mort de sa belle mort.

Logo_ActuSF_-__COM_version_2_copie.png

NVD : Le webzine ActuSF a connu un développement exponentiel depuis sa création. Quelles furent les étapes de cette croissance tant sur le plan médiatique que sur le plan éditorial ?

Je serai bien en peine de vous donner toutes les dates. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a eu des événements marquants, de la publication du Droit du Serf (2000 ? 20001?) à la pétition pour défendre un livre de Nathalie Le Gendre (2005 ? 2006?), en passant par les grandes discussions (et enguelades il faut bien le dire) sur le forum, sans oublier l'enregistrement des conférences sur les salons (on en a un peu plus de mille désormais depuis 2008), les soirées d'anniversaires avec Bifrost, les dossiers sur la traduction ou les libraires et certaines interviews dont je garde un souvenir ému (comme celle de Richard Matheson par exemple avec Jacques Chambon à la traduction). Il y a aussi eu en 2011 le lancement du site « Mes Premières Lectures » et en 2013 le lancement d’Emaginaire.com, première librairie numérique dédiée à la SF et à la Fantasy. Et puis bien entendu, tout cela se mélange avec l'aventure éditoriale, d'Appel d'air au GPI de Sylvie Lainé pour L'Opéra de Shaya. Beaucoup de boulot, beaucoup de rires…

sans-titre.png

NVD : Les éditions ActuSF sont nées en 2003, parallèlement au webzine. Pourquoi avoir créé cette maison d’édition ? Qui sont vos partenaires ? Editer de la SF n’est pas chose aisée : ou en êtes aujourd’hui ?__

A l'époque du fanzine, nous organisions des concours de nouvelles à destination d'auteurs « amateurs », n'ayant jamais été publié sur des supports professionnels. Le concours a survécu deux ou trois ans au passage sur le web. Et dans les dernières éditions, nous avions eu envie de publier les gagnants dans des anthologies papiers. Puis, nous ne sommes plus arrivés à faire face aux trop nombreuses nouvelles que nous recevions. Du coup nous avons arrêté. Mais l'idée de faire des livres étaient là. Et lorsque nous nous sommes constitués en 2003 en société, nous avons tout de suite eu un secteur « édition ». A l'époque, il s'agissait de faire de petits tirages à 200 exemplaires, pas plus. Notre premier titre était une anthologie, Au travers du Labyrinthe, dirigée par Anne Fakhouri et parrainé par Georges Foveau. Le second fut un guide co-écrit avec Eric Holstein. Et le troisième fut HPL de Roland C.Wagner, avec une couverture fabuleuse de Caza reprenant un portait de Lovecraft avec ce style qui lui est propre. C'était un livre bilingue, puisqu'il y avait la traduction de la nouvelle de Roland en anglais par Jean-Daniel Brèque. Le virus était pris. Là encore ce n'est pas tant une démarche économique ou raisonnée qu'une démarche de passionnés. Peu de temps après, en quelques semaines à Lyon, je rencontre Sylvie Lainé, Thierry Di Rollo et Jean-Marc Ligny et ils acceptent de nous confier quelques nouvelles pour en faire des recueils. Dans le même temps, le projet Appel d'Air voit le jour. L'aventure est lancée et on met véritablement sur pied la maison d'édition avec Charlotte Volper et Eric Holstein en 2007.

as.jpg

Aujourd'hui, tout cela a pris de l'ampleur. Nous fêtons notre centième titre cet automne. On en est évidemment très très heureux. Là encore la petite affaire entre passionnés a bien grandi. Quant à nos partenaires, il y a bien entendu notre diffuseur distributeur Harmonia Mundi et tous les libraires et les lecteurs qui nous suivent. Et puis il y a également le fabuleux collectif des Indés de l'Imaginaire que nous avons fondé avec les éditions Mnémos et les Moutons électriques et qui nous apporte beaucoup. Pour répondre à ta question sur la situation actuelle, celle-ci est très compliquée. Les ventes en libraire sont soumises à une énorme concurrence liée à la surproduction et à l'arrivée du Young Adult dans nos rayons. En ya ajoutant les difficultés de trésorerie des libraires, tu auras une petite idée de la tension qui règne actuellement. Il n'en reste pas moins que l'on continue et avec quelques jolis titres qui sortent bien leur épingle du jeu. Enfin pour la science-fiction pure et dure, c'est encore plus compliquée mais je ne désespère pas parce que lorsque l'on a des livres malins et intelligents qui offrent un peu de sense of wonder, on a de très bons retours.

NVD : Quelle est la politique éditoriale de votre maison d’édition ? Après les collections des "Trois souhaits" et de "Perles d’épices" ainsi que l’édition officielle de l’anthologie des Utopiales, avez-vous d’autres projets ?

Notre angle n'a pas changé : publier la science-fiction et la fantasy qui nous plaisent. Nous avons simplement évolué des recueils de nouvelles aux romans (sans pour autant complètement abandonner la nouvelle). Nous nous sommes lancés avec les Indés de l'imaginaire dans la collection de poche Hélios. C'est un beau projet. Avoir une collection de poche partagée entre plusieurs éditeurs est, je crois, une première dans les domaines de l'imaginaire (et c'est rarissime dans les autres domaines). On y tient beaucoup et on apporte des titres à la collection depuis un an. Nous sommes donc, nous aussi, éditeur de poche. Depuis mars, on a lancé également Hélios noir, un label dédié au polar et au thriller, toujours en poche. C'est une belle idée de diversification. On aime le polar, on connait bien certains auteurs, du coup on se lance avec envie et enthousiasme. On a pas mal d'idées également de guides soit sur des auteurs, soit sur des sujets (par le biais de la Maison d'ailleurs dont nous sommes partenaires). Et bien entendu, il y a des kilos de projets et d'idées qui s'impatientent au fond des cartons...

49192.jpg

NVD : le site Actusf est en train de devenir un site de références avec des chroniques littéraires tout à fait pertinentes et de chroniqueurs talentueux, mêlant universitaires et érudits (Anne Besson, Philippe Ethuin, Jean-Luc Rivera, Pierre-Gilles Pélissier…). Cette dimension du site vous semble-t-elle essentielle ?

Oui, absolument. Au fil des années, certaines de nos actualités sont devenus des archives et par conséquent, Actusf est aussi devenu un site « ressource » pour ceux qui aimeraient creuser un sujet. C'est pour cela que l'on enregistre toutes ces tables rondes en salon, afin que la parole ne soit pas perdue. Les rubriques que tu évoques vont dans ce sens, soit elles apportent un autre regard sur l'actualité comme pour celle d'Anne Besson, de Jean-Luc Rivera, de Xavier Dollo ou de Daniel Suchet (dans le domaine des sciences), soit elles offrent matière à réflexion avec Pierre-Gilles Pélissier, Philippe Ethuin, André-François Ruaud ou Fred Combo. Et j'en aimerai d'autres. Je profite de cette interview pour lancer un appel à ceux qui ont des envies et des idées de rubriques :-) Quelque part, on raconte une histoire de la science-fiction et de la fantasy.

NVD : Vous êtes un partenaire important des événements universitaires consacrés à la SF et la Fantasy. Que pensez-vous du développement de ces recherches consacrées à tous les médias de l’imaginaire (littérature, cinéma, jeux vidéos, séries…) ?

J'en suis ravi. Vraiment. C'est une forme de légitimation de nos genres. Mais c'est surtout essentiel tant la science-fiction et la fantasy (et je n'oublie pas le fantastique) sont des genres riches qui innervent tous les médias. Ils ont une place prépondérante dans de nombreux domaines (cinéma, jeux vidéo, etc). Ils disent donc quelque chose de notre société. Que l'on étudie ce miroir me semble fondamental.

NVD : Qui sont vos collaborateurs ? Comment fonctionne l’équipe d’ActuSF ?

Aujourd'hui il y a trois personnes à temps plein à Chambéry (dont moi) : Marie Marquez qui travaille essentiellement sur les éditions Actusf (elle est notre pierre angulaire) et Jean-Laurent Del Socorro qui vient de nous rejoindre il y a quelques semaines pour s'occuper d'Actusf.com. Ils ont en ce moment l’appui de Sonia Geraci qui fait un long stage chez nous. Sur la maison d'édition, Charlotte Volper et Eric Holstein ont également des rôles essentiels. Sur le site, nous avons une grande famille de chroniqueurs dirigée pour la bande dessinée par Tony Sanchez et pour la jeunesse par Laura Vitali. Jean Rebillat et Thomas Ryngel font l'interface technique. Et je n'oublie pas non plus Hermine Hémon qui s’occupe du petit frère d'Actusf, le site MespremièresLectures. Enfin il y a également les amis qui ont été proches ou qui le sont encore et qui apportent leur petite pierre de temps à autre. Je pense que la famille élargie s'étend à une grosse (voir très grosse) cinquantaine de personnes. C'est un grand bonheur. C'est cinquante histoires d'amitiés, plus tous ceux qui sont passés par là. C'est assez incroyable !.

sevres_2012_019.jpg Marie Marquez et Jérôme Vincent aux Rencontres de l'Imaginaire de Sèvres en 2012.

NVD : Que représente Michel Jeury à vos yeux ?

Un grand grand monsieur dans l'histoire de la science fiction française. Sa trilogie aura marqué le genre et May le monde aura été un retour fracassant. Humainement parlant, je ne l'ai que peu côtoyé mais chaque rencontre a été marquée par sa gentillesse.

Le site d'Actusf à consulter chaque jour : http://www.actusf.com/spip/

Jérôme Vincent aux Utopiales 2012: https://www.youtube.com/watch?v=TzZ...

Le carnet d'hommages à Michel Jeury sur Actusf: http://www.actusf.com/spip/Carnet-d...__

samedi 14 février 2015

L'adieu de Michel Jeury à son ami Jacques Goimard: "Souvenirs d'outre-temps"

A l'occasion du colloque du CERLI"Théories et esthétiques des genres de l'imaginaire: autour des travaux de Maurice Lévy et Jacques Goimard" qui s'est tenu à l'Université Bordeaux Montaigne le 12 et 13 février, Natacha Vas-Deyres a lu un texte que Michel Jeury avait écrit en 2012 pour rendre hommage à son ami Jacques Goimard. Un bel hommage inédit d'un maître à un autre qui prend en 2015 après la disparition de Michel Jeury une tonalité singulière.

photo_michel_jeury_2.jpgJacqus_Goimard_1988.jpg © Familles Jeury et Goimard. (Michel Jeury en 1976, Jacques Goimard en 1988)

Je regrette de n'être pas parmi vous aujourd'hui, chers amis. Il aurait fallu que je vienne en ambulance, mais ma mutuelle ne rembourse pas les colloques de science-fiction. Natacha Vas-Deyres a donc bien voulu lire en mon nom ce bref hommage à Jacques Goimard. Eh bien, mes camarades quittent la scène deux par deux en ce moment. Si vous croisez l'ange de la mort, dites que vous ne me connaissez pas : ce sera plus prudent. Je m'aperçois que tout le monde cite à propos de Jacques Goimard les trois plumes de son chapeau… On se souvient que les instituteurs de jadis, bien avant Jules Ferry, plantaient dans leur couvre-chef une plume pour chacune des spécialités qu'ils pouvaient enseigner. S'ils apprenaient aux élèves la lecture, l'écriture et le calcul, ils arboraient trois plumes. En réalité, Jacques Goimard n'avait pas de spécialités, c'était un “généraliste des profondeurs”. Je vais quand même parler du critique, de l'universitaire et de l'éditeur que j'ai connus. Le critique est apparu le premier dans ma vie. C'était en 1973 — il va y avoir quarante ans, bonnes gens. Le temps incertain était paru quelques semaines plus tôt. J'écoutais le grand silence blanc dans le trou noir de la mélancolie. Un jour, je traversais la place du village, Eymet en Dordogne, chez moi. Un ami instituteur, un des deux lecteurs de mon manuscrit, passe par hasard. On se pince les serres et il me dit : « Ah, tu as vu, on parle de toi dans le journal ? » Qui on ? C'était LUI, bien sûr. Quel journal ? Le Monde. Je cours l'acheter. La maison de la presse était justement à cinquante mètres. Trois quarts de pages dans Le Monde, diable. Jacques Goimard paraphait pour moi l'aventure commencée un an plus tôt avec Gérard Klein. Je n'insisterai pas sur les nombreux articles que Jacques Goimard a consacré encore à mes livres, dont un long chapitre sur Les enfants de Mord, dans son ouvrage Analyse de la science-fiction. Voilà pour le critique. Je lui dois beaucoup. J'ai rencontré — je dirais presque affronté — l'universitaire dans son antre de Jussieu lors d'une expérience assez extraordinaire et plutôt douloureuse. L'auteur présenté devait inventer une nouvelle de A à Z, au tableau, devant une bande de doctorants, sagement assis dans une petite salle, comme au CM2. Après s'être engagé à rejeter tous les sujets qui pourraient suinter du sac à malices de sa mémoire… J'avais juré comme mes camarades déjà passés par là de suivre scrupuleusement la règle. La première heure fut terrible. Le maître de cérémonie jubilait en silence, l'air de dire : « Pas si facile, hein ? » Et impossible de colmater cette garce de mémoire qui crachotait ses détritus sans fin ni cesse. Je notais une piste, écrivais quelques mots au tableau, puis me retournais vers la salle. « Désolé, m'sieurs-dames, je m'aperçois que j'avais déjà cette idée en tête. Je cherche autre chose. » Tous ces gros chats fixaient sans aménité la petite souris que je me sentais. Peut-être dix fois ou plus, même manège. À devenir fou. Puis la pose, avec un grand verre d'eau, ou deux ou trois. Et une confidence de Jacques : « Ça leur plaît. Tes échecs leur apprennent beaucoup. Et ils apprécient que tu n'essaies pas de tricher… » On repart. Encore quelques longues minutes de quasi désespérance. Puis l'idée, cette fois… cette fois ! J'ai examiné mon sujet, les yeux fermés, environ un demi-siècle. Idée nouvelle, idée nouvelle. Si j'avais pu, j'aurais couru dans les rues de Paris pour crier : J'ai eu une IDÉE ! J'ai griffonné au tableau le résumé de Voici les coupables. Tout le monde écrivait, écrivait, même Jacques. Qui a publié la nouvelle dans son Année de la SF vers 76 ou 78. En attendant, je ruisselais de sueur et je tremblais sur mes pattes comme un vieil oiseau mal perché. Telle fut mon unique expérience de la fac. Honnêtement, ils auraient dû me donner un honoris causa et un bout de retraite. L'éditeur Goimard se tenait à l'affût, lui aussi. Il a commencé par rééditer mes Ailleurs et demain, puis m'a commandé un inédit, pour lequel il avait souhaité que je me laisse totalement porter par la folle du logis. Il a assez aimé Les enfants de Mord. Mais la série des Colmateurs l'excitait encore davantage. Là, il a tourné son chapeau sur le côté et j'ai découvert sa troisième plume. Excellente. Qui se souvient encore de cette série inachevée où les uchronies devaient se succéder jusqu'à plus soif ? Même pas les chiens, tous partis dans les mondes de Simak. Peut-être quelques chats de gouttière, mais ils n'en miaulent pas souvent. Or le projet achoppait sur mon inculture en histoire-géo. Jacques a tout de suite mis son grain d'épice dans Le vol du serpent. Puis il est intervenu massivement dans Les démons de Jérusalem, à l'occasion de deux découvertes anticipées de l'Australie. Il a calculé au millimètre l'errance des navigateurs de Cléopâtre jusqu'à La Perte en Ruaba, la première fois. Pour la seconde, ce sont les Croisés de Renaud de Châtillon qu'il a envoyés vers les blancs de la carte, par les quarantièmes rugissants. Naissent alors des terres uchroniques délicieuses ou abracadabrantes, mais si bien documentées et défendues qu'on en donnerait son pied gauche à couper. Oui, Jacques Goimard adorait créer des univers. Il rêvait de reprendre un jour Les colmateurs à son compte. Le dernier écho sera une visite au nid d'aigle de la famille Goimard, dans le Lot, en présence d'Anne-Marie et de Diane. Une demi-journée sous les plus beaux arbres de la région. Un lieu si charmeur, un ciel si bleu que l'espérance éclairait le Temps. Oh que les souvenirs sont lourds, cet automne !

Michel Jeury.

KODAK Digital Still Camera KODAK Digital Still Camera Lecture du texte de Michel Jeury par Natacha Vas-Deyres

mercredi 11 février 2015

Hommage à Michel Jeury sur le site Culturemag

La rédactrice en chef, Salsa Bertin, du site CultureMag a sollicité Natacha Vas-Deyres pour un texte en hommage à Michel Jeury :

http://www.culturemag.fr/2015/02/11/hommage-a-michel-jeury-ecrivain-du-futur-et-du-passe/

vendredi 6 février 2015

Michel Jeury sur le site de la BnF

http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2015/01/hommage-a-michel-jeury/

vendredi 23 janvier 2015

Hommage de l'université Bordeaux-Montaigne

En ce jour anniversaire où Michel Jeury aurait fêté ses 81 ans, l'université Bordeaux Montaigne publie un texte en hommage à l'auteur.

http://www.u-bordeaux-montaigne.fr/fr/actualites/recherche/michel-jeury-l-ecrivain-du-futur-et-du-terroir.html

mercredi 21 janvier 2015

Personnages célèbres du Grand Bergeracois

Michel Jeury a désormais sa page dédiée parmi les personnalités célèbres sur le site du Pays du Grand Bergeracois.

http://www.pays-de-bergerac.com/pages/culture-patrimoine/personnages-celebres/michel-jeury/index.asp

Merci au personnel du PGB pour leur grande réactivité.

vendredi 16 janvier 2015

Revue de presse

Voici quelques-uns des hommages parus dans la presse suite au décès de Michel Jeury :

Reportage vidéo réalisé par France 3 Périgord, diffusé dans le 19/20 national du 13/1 :
Le 16 janvier, la patrouille de france décrivant des cercles autour du cimetière

lundi 12 janvier 2015

"Michel Jeury, changer la vie, changer de monde" par Joëlle Wintrebert

A l'occasion de la venue de Michel Jeury aux Rencontres de Sèvres en 2010, Joëlle Wintrebert a écrit cette préface à la brochure bibliographique éditée par Alain Sprauel. C'est l'occasion de connaître un peu mieux la vie de Michel Jeury racontée par l'une des plus talentueuses plumes de la SF française et une grande amie de Michel.

Quand on a été enfant de paysans, né en 1934, en Dordogne, comment devient-on l’un des plus étonnants écrivains de sa génération ? Parce qu’on s’est morfondu en étude, à l’âge de cinq ans, et que la seule ressource pour passer le temps était de s’inventer des histoires ? Parce que dans cette époque sans télé, on était bercé par les contes fantastiques des femmes à la veillée ? Très vite, Michel Jeury a rêvé d’ouvrir ses propres fenêtres sur le monde. Obligé d’abandonner ses études pour le monde du travail, il devient auxiliaire dans une perception puis instituteur dans une école de campagne (il mettra plus tard à profit cette expérience dans des romans qui sauront toucher un large public). Il rêve toujours de devenir écrivain, mais ses débuts dans l’édition se révèlent trop chaotiques pour le satisfaire. Malgré le prix Jules Verne décerné à son roman La Machine du pouvoir, Jeury se décourage. Une difficile décennie va suivre, où il est successivement précepteur, visiteur médical, représentant, gardien de château, ouvrier agricole. Pendant ce hiatus, Jeury n’a pas cessé de lire, et c’est influencé par le Nouveau Roman qu’il découvre à la fin des années 60 l’ambitieuse collection que Gérard Klein vient de créer chez Robert Laffont. Le roman qu’il était en train d’écrire se transforme, ce sera Le Temps incertain. On sait avec quel enthousiasme il sera accueilli par Gérard Klein d’abord, par les lecteurs de SF ensuite. S’ensuivront sept romans dans la collection Ailleurs et Demain qui le rendront définitivement célèbre, mais la vie d’artiste n’est pas un long fleuve tranquille, et la célébrité ne suffit pas à nourrir son homme. Jeury a beau multiplier les publications, pour J’ai Lu, Presses Pocket, Fleuve Noir, écrire pour la radio et la télévision, critiquer pour Sud-Ouest ou Le Monde, ses fins de mois restent très difficiles, si bien qu’en 1987 il opère une conversion radicale, quittant sa Dordogne natale pour le Gard et la Bambouseraie de Prafrance, que dirige son beau-frère. C’est dans la belle demeure de la Bambouseraie qu’il écrit, en 1988, le premier d’une série de romans paysans qui vont lui permettre de trouver le public qui se refusait jusque-là. Il vit enfin correctement de sa plume, alignant les titres année après année avec une régularité d’horloge que beaucoup pourraient lui envier, un désir planté au cœur : revenir un jour à la SF. Désir qu’il vient enfin de réaliser avec la sortie de son extraordinaire nouveau roman, May le monde.

Mais revenons à notre auteur de SF au moment de son avènement, en 1973. Sorti de l’œuf. Et de quelle façon ! Il invente le concept infiniment séduisant de « chronolyse ». En s’appuyant d’abord sur les chronolytiques : la drogue qui provoque cet état de conscience modifié. Rapidement, ce prétexte ne sera plus nécessaire. Déjà, par rapport au Temps Incertain, la chronolyse peut se réaliser sans support dans Les Singes du temps. Les romans Soleil chaud, poisson des profondeurs ou Le Territoire humain n’évoquent même plus la chronolyse et cela n’empêche pas le temps d’y imploser, éparpillant la réalité. Ce temps implosé est un temps de l’imaginaire. Il génère un espace onirique où les rêves rejoints sont joués sur une scène véritable. Dieux et démons, « véritables éboueurs des sphères mentales » (Soleil chaud, poisson des profondeurs), prennent corps. Yan Nak projette un univers tout entier sur une scène cinématographique. Les Hood et les Boldi se servent de leur propre corps pour illustrer leur fuite. Les « armes à mirages » exhalent les monstres que chacun porte en soi (« La fête du changement », Utopies 75, 1975).

En plus d’être le meilleur outil littéraire inventé par l’homme pour décrire en profondeur le monde contemporain, la SF permet à l’auteur de s’interroger sur le futur et d’exprimer son univers intérieur. Ainsi Jeury met-il en scène précocement les hypersystèmes : développement tentaculaire des multinationales, Grands États tyranniques, Force ABC, etc., que ses héros combattent par l’onirisme (la fameuse dernière phrase des Singes du temps : « Nous nous battrons avec nos rêves ! »), l’éclatement de la réalité et le recul de « la ligne bleue de l’espace-temps » (« Qui joue, qui meurt », Fiction n° 270). Et sans doute Jeury nous propose-t-il moins un discours sur le pouvoir, presque trop évident, qu’un discours sur les moyens de lutter contre ce pouvoir, de le subvertir, de lui échapper ou de le piéger en dérivant dans le temps, cette dimension que nul ne peut cerner ni définir et qui échappe donc à toute volonté de contrôle.

Imaginer l’avenir, c’est une manière de le circonscrire et de s’en protéger, de vaincre la peur de l’inconnu. Et l’inconnue principale, qui est en même temps le point nodal de toute existence humaine, c’est la mort. Que nous dit Jeury ? Pour que l’homme réussisse à se réaliser, il faut qu’il change. Tous les moyens de L’Univers-Ombre (1979) sont à sa portée. La Terre sans énergies dures, sans violence, sans Pouvoir (autre qu’« endormi »). Mais au slogan « changer la vie », Jeury a ajouté dans ses romans « changer le temps » et enfin « changer la mort »… Aux psychronautes de la destinée de Poney-Dragon ont succédé les Timins du Territoire humain. La découverte de nouveaux rituels générant une « fraternité du sang » (l’échange du sang comme rituel social) s’ajoute à cette intuition : « À l’intersection de la courbe temps et de la courbe douleur se trouve le fait mort. Modifiez le sens de la douleur et celui de la perception du temps et vous changerez la mort ». Les tortures subies par des cobayes humains utilisés comme matériel génétique se sont retournées contre les bourreaux et leurs hypersystèmes et Jeury met ces phrases dans la bouche de son alter ego, Jonas Claude : « Je crois que cette mutation est une chance extraordinaire dans la destinée de l’homme. Une race peut naître qui ne vivra plus avec, au fond du cœur, au fond des tripes, la peur de la douleur et de la mort qui empoisonnent toute existence humaine. Des êtres peuvent enfin venir dont le passage sur la Terre sera un peu plus qu’une brève lueur d’angoisse dans l’œil d’un dieu froid »… May le monde revient à ce thème du changement salvateur. Ce roman nous permet de retrouver un Jeury écrivain de SF dans un livre éblouissant de légèreté, d’invention, à la langue aussi étrange que familière. Il y est question de branes et de théorie des cordes, et d’une enfant très malade, peut-être sur le point de mourir, peut-être morte qui sait ? Mais elle change, et le monde change autour d’elle, et peut-être a-t-elle créé un monde où elle est indemne à jamais.

La SF, catharsis ? Oui, mais plus encore une réflexion politique et constructive sur notre devenir. Jeury excelle à inventer de nouvelles formes où la société ne serait plus une entité bien assise et constante mais une somme de parties fluides, interchangeables et éphémères où se pratiquerait le nomadisme mental ou physique. À sa façon, Jeury est un révolutionnaire qui nous montre la voie d’un futur infiniment désirable et qui nous prédit la naissance d’une nouvelle liberté et d’un « nouvel homme ».

© Joëlle WINTREBERT 2010

samedi 10 janvier 2015

Décès de Michel Jeury

Michel Jeury est décédé vendredi 9 janvier à 17h20 à Vaison la Romaine. Les obsèques sont prévues mercredi 14 janvier à 15h à Villedieu.

http://www.ina.fr/video/I11109778/michel-jeury-a-propos-de-son-roman-sf-poney-dragon-video.html

samedi 3 janvier 2015

Rétrospective 2014

L'association des Amis de Michel Jeury, en cette année 2014, a apporté l'exposition « Entre futurs et terroirs » à Amiens lors de la Convention « NEMO 2014 » organisée par Pierre Gevart du 17 au 20 juillet. Natacha Vas Deyres y a tenu une conférence rappelant l'importance de l'œuvre de Michel Jeury. Merci à la municipalité d'Issigeac qui, grâce à sa subvention, a permis la concrétisation de ce projet sur les terres de Jules Verne.

L'exposition a dans la foulée été présentée à La Toussuire (Savoie) du 22 au 25 juillet dans le cadre de l'Université d'été de Mensa France où Emmanuel Dubois a tenu une conférence « Star Wars a-t-il été écrit dans le Périgord ? » ; un sujet sur lequel Michel Jeury n'a pas voulu s'exprimer malgré les troublantes similitudes entre ses deux premiers romans de SF (La Machine du Pouvoir et Aux étoiles du destins) et « La guerre des étoiles ».

Michel, qui n'avait pas pu se déplacer à Issigeac en juin 2013 en raison de sa santé fragile, a enfin pu voir les panneaux de l'exposition les 26 et 27 juillet.

L'été a été consacré à une réécriture de la traduction anglaise et à une réimpression des panneaux pour l'exposition qui s'est tenue du 6 au 20 octobre dans le hall principal de l'université Bordeaux-Montaigne.

Natacha Vas-Deyres a poursuivi son travail de collecte de témoignages sur l'œuvre de Michel Jeury, dont une partie est publiée sur le site http://www.jeury.fr.

Sont à l'étude une présence à Sèvres et aux Utopiales, ainsi que la publication de nouvelles inédites, notamment en partenariat avec l'université de Bordeaux-Montaigne. Par ailleurs, le producteur/réalisateur Ben Abrass étudie la possibilité d'un documentaire sur Michel Jeury. Les imaginales (Épinal) aimeraient également rendre hommage au maître de l'anticipation.

Au moment où nous rédigeons ce billet, l'état de santé de Michel Jeury est préoccupant. Nous espérons que ce n'est pas trop grave et pensons à sa famille.

- page 3 de 7 -